Entrevue avec l'humoriste Rachid Badoury
Faire du cinéma, c’est quelque chose que tu envisages?
Jeune, j’avais deux rêves : faire de l’humour et du cinéma. Jusqu’à présent, j’en ai réalisé un, et j’adore ça. J’ai aussi tourné dans des publicités et j’ai trouvé cela long. Si un jour j’obtiens un premier rôle dans un film, j’espère que même si c’est long, je vais aimer ça. Par ailleurs, pour un spectacle, il y a une période « plate » : celle de la création. Je capote, je déteste ça. Une chance que j’ai une équipe pour m’aider et me soutenir. Moi, je ne peux pas m’asseoir et écrire. Il faut que je me lève, que quatre personnes rient spontanément pour déterminer si un sketch est réussi. Quand tu arrives sur scène, tu goûtes au métier et c’est bon.
T’es-tu inspiré d’autres humoristes pour créer tes sketchs?
Je n’ai aucune honte de le dire; au contraire, c’est un honneur pour moi. Mes grands professeurs sont Louis-José Houde, Anthony Kavanagh, Gad Elmaleh, Jamel Debbouze, Michel Courtemanche. Regarder leur travail a été mon école nationale de l’humour. Je vais à toutes les premières de spectacles d’humour depuis que le Festival Juste pour rire existe. J’ai aussi suivi tout ce qui se fait en France, aux États-Unis. J’ai mélangé tout ça dans mon spectacle. Louis-José Houde, je l’ai harcelé pour aller manger avec lui après le Gala du Festival Juste pour rire en 2005, et je lui ai posé 10 000 questions. Tout ce que je fais, je ne l’ai pas inventé; ça vient de lui. Il est plus jeune que moi, mais c’est comme un père.
Tu as suivi une formation en animation radio-télé à l’école de renom ProMédia. Quelle était ta visée?
J’étais prêt à faire n’importe quoi pour entrer dans l’industrie du spectacle, sauf de la porno. Je me disais que je pourrais devenir lecteur de nouvelles, et ensuite humoriste.
Présenter des nouvelles, c’est pourtant sérieux?
Oui, je l’aurais fait et j’aurais été le comique de la gang. Ou encore, j’aurais travaillé chez MétéoMédia pour faire des segments météo et des blagues en même temps. Mais le destin en a décidé autrement.
Avec ton humour, sens-tu que tu contribues à réunir les gens, les minorités visibles?
Je vais te raconter quelque chose. Je commence mon premier spectacle. Le rideau se lève. J’arrive sur scène et je suis abasourdi. Je vois des Haïtiens, des Italiens, des Espagnols, des Arabes, des Hindous, des Asiatiques, des femmes voilées... J’ai les larmes aux yeux, je capote. C’est le public que je voulais : des Québécois aux origines ethniques différentes. Je me mets à appeler les gens dans la salle. « Y a-t-il des Québécois? » Une partie du public répond. Je dis : « Là, vous avez raté la question. Il n’y en a pas un ici qui ne devrait pas répondre. » Les gens ont lancé un de ces cris de ralliement! Je voulais montrer qu’il fallait en finir avec ces conneries, ce cirque médiatique que sont les accommodements raisonnables. Pendant mon spectacle, il n’y pas eu une seule bataille. Tout le monde était dans la même bulle. À leur sortie de la salle, tous s’amusaient et avaient envie de s’embrasser.
Est-ce que tu as déjà senti des préjugés à ton égard, étant donné tes origines marocaine et berbère?
Non. De toute ma vie, je n’ai reçu aucune remarque désobligeante, au contraire, et ce, même depuis les histoires d’accommodements raisonnables. Richard Martineau a par ailleurs écrit une colonne dans le Journal de Montréal, « Viva Rachid », après avoir vu mon spectacle. « Au lieu de vous obstiner avec des affaires de Commissions Bouchard-Taylor, etc., allez donc voir le show de Rachid, ça va vous faire du bien, vous faire réfléchir, écrivait-il. On devrait même se faire rembourser le billet du spectacle par la Régie de l’assurance maladie tellement ça fait du bien. »
En conclusion, envisages-tu de livrer des spectacles en France, où le public est aussi multiethnique?
Oui,
on y va en février. C’est planifié depuis un an et demi, avant même que
le spectacle soit écrit. On avait participé à un festival à Nantes, et
ça s’était très bien passé. […] Mais je vais toujours revenir à Laval.
J’ai pratiqué le métier d’agent de bord pendant longtemps, et je
m’ennuyais vite de ma ville. J’y suis né, j’y ai vécu ma jeunesse. Je
vais faire comme Céline (Dion) : je vais me faire construire une maison à
Laval. (Rires.) Il faudrait que j’en fasse des shows à Las Vegas pour en construire une de même!
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Rachid Badouri poursuit la tournée de son premier spectacle solo jusqu’en mai 2008. Il est aussi le porte-parole d'Opération Nez rouge.
Par Carolyne Marengo
