Entretenir son désir pour durer son relation amoureuse
C'est ce que vient de nous révéler le psychanalyste Jean-Michel Hirt dans cet entretien publié sur le site psychologies.com, en insistant sur la magie et l’imprévisibilité...
Jean-Michel Hirt : Nous entretenons un feu en nous. Le désir, c’est du feu. Mais il ne faut pas être dupe de la métaphore pour autant. Le désir est plus fort que nous, et c’est pour cette raison que nous ne savons pas faire avec lui : il nous échappe. Il est mystérieux, aléatoire, imprévisible. La seule chose que nous savons, c’est que nous désirons ou que nous ne désirons pas. C’est un peu mince. Il est en fait couplé avec la vie psychique de l’individu, et ce dernier ignore superbement ce qui le pousse à désirer cette personne plutôt qu’une autre : il peut avancer des raisons, mais il n’a pas accès aux causes du désir. Au point d’être dans la situation de Swann dans À la recherche du temps perdu (Proust, Gallimard, 1999) : à la fin de sa longue liaison avec Odette, Proust lui fait dire qu’au fond cette femme n’était pas son genre.
Faites-vous une différence entre désir sexuel et amoureux ?J.-M.H. : Oui. Le désir sexuel peut être détaché du sentiment amoureux au début. Vous rencontrez une personne dans une soirée, et vous éprouvez pour elle un désir purement sexuel. Mais l’intérêt tombe très vite s’il ne s’agit que de cela, car les perspectives offertes par les corps restent limitées. En revanche, si vous commencez à entretenir une relation, tout cela prend une tournure amoureuse. Ce que vous avez vécu sexuellement vous ouvre d’autres portes.
Dans certains couples, pourtant, désir sexuel et sentiment amoureux se séparent au fil du temps, alors qu’il y avait au départ une sensation d’union physique et spirituelle.J.-M.H. : C’est exact. Il s’agit le plus souvent d’une
régression, d’un retour à la situation oedipienne infantile. Nous sommes
tous liés à nos désirs d’enfance, à ceux que nous avons éprouvés pour
nos parents. À cette époque-là, nous nous sommes rendu compte que non
seulement ils ne pourraient jamais se réaliser, mais qu’en plus, cela
était interdit. D’où la tentation de régler ce conflit psychique en
séparant amour et sexualité, en aimant celui ou celle que nous nous
interdisons de désirer et en désirant celle ou celui que nous ne nous
permettons pas d’aimer. C’est le dilemme habituel entre la maman et la
putain. La sexualité se trouve alors placée sous le coup de l’interdit
de l’inceste. Parfois, l’interdit a été surmonté dans le couple, mais
comme toutes les conquêtes psychiques, aucune n’est jamais acquise pour
toujours. Et les amants peuvent être confrontés à un retour en arrière.
Le désir demande du souffle, donc de l’esprit, pour se transformer en
amour sexuel durable.
