Le film de Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux) à Cannes 2010
Fort et épuré, le film de Xavier
Beauvois "Des hommes et des dieux" en compétition mardi au Festival
de Cannes, s'inspire de l'assassinat des moines de Tibéhirine en
1996 en Algérie, pour placer le spectateur face au dilemme moral
d'hommes de foi emportés par la violence.
Très bien accueilli, c'est
le dernier des trois Français à briguer la Palme d'or avec Bertrand
Tavernier "La princesse de Montpensier", parmi les favoris des critiques
à mi-festival, et Mathieu
Amalric ("Tournée").
Tourné au Maroc dans de
magnifiques paysages montagneux de la région de Meknès, "Des hommes et
des dieux" porte à l'écran le destin tragique de sept moines enlevés fin
mars 1996 dans leur monastère isolé situé près de Medea, à 90 km au sud
d'Alger, une région où les tueries étaient alors fréquentes.
Le GIA
de Djamel Zitouni avait revendiqué l'enlèvement et l'assassinat et leurs
têtes retrouvées le 30 mai au bord d'une route de montagne.
Depuis,
la déclassification de documents a laissé ouverte la piste d'une
"bavure" de l'armée algérienne, révélée aux juges chargés de l'enquête
par l'ancien attaché de défense français à Alger, le général François
Buchwalter.
Sans entrer dans la responsabilité de ces assassinats, le
film fait partager au spectateur la vie de ces hommes et le place au
coeur de leur choix éthique.
En guise de prologue apparaît un texte
de la Bible, le psaume 81 : "Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut,
vous tous ! Pourtant, vous mourrez comme des hommes, comme les princes,
tous, vous tomberez"
Xavier Beauvois s'attache à dépeindre la vie
rude et austère de cette petite communauté cistercienne dévouée à la
population locale, dans un monastère isolé qui sert aussi de dispensaire
médical.
Rythmée par la prière et les tâches quotidiennes, cette
existence paisible est menacée par l'irruption de la violence, avec les
assassinats imputés à des groupes islamistes d'une part et les
représailles de l'armée de l'autre.
Lorsque le supérieur, Christian
(Lambert Wilson) refuse la protection de l'armée malgré l'imminence du
danger, le doute et la peur assaillent les moines.
Faut-il partir,
abandonner le village à son sort ou résister à la terreur ?
Si le
plus âgé, Amédée (Jacques Herlin) doute, Christophe (Olivier Rabourdin)
sent sa foi ébranlée, et Paul (Jean-Marie Frin) s'aperçoit que sa vie
est en Algérie.
Le médecin, Luc (Michael Lonsdale, remarquable)
médite une pensée de Pascal : "Les hommes ne font jamais le mal si
complètement et joyeusement que lorsqu'ils le font par conviction
religieuse".
Sobre et épuré, "Des hommes et des dieux" bouleverse le
spectateur en lui faisant vivre avec intensité le choix moral de ces
hommes et leur sacrifice motivé par l'amour de Dieu, mais aussi de leurs
frères musulmans.
Dans un texte-testament repris en voix off dans le
film, Christian dira : "Cette vie était déjà donnée à Dieu et à ce
pays".
"Ces hommes étaient des aventuriers, des artistes de l'amour,
des gens qui vont jusqu'au bout des choses, de leur pensée, avec une
foi, une rigueur... c'est très rare aujourd'hui, de faire don de soi, de
s'intéresser aux autres", affirme Xavier Beauvois dans un entretien à
l'AFP.
"Christian disait : +Ensemble, nous sommes comme des fleurs
des champs, ni très beaux ni très originaux. Mais tous ensemble, on
forme un bouquet magnifique", poursuit le cinéaste qui en 1995 avait
remporté le Prix du jury pour "N'oublie pas que tu vas mourir".
"Mon
travail avec mes acteurs a été de faire un bouquet de gens qui soit
beau. Si la société avait, ne serait-ce que 5% de gens comme eux, cela
irait mieux", dit-il.
AFP
