Il était une fois un jeune homme qui vivait seul
dans une petite maison à l'orée de la forêt. L'hiver était rigoureux et
une épaisse couche de neige recouvrait la campagne.
Un soir, alors
qu'il rentrait chez lui et marchait péniblement dans la neige, il
entendit des plaintes. Il se dirigea vers le champ d'où montaient
celles-ci et découvrit une grue allongée sur la neige.
--« Le pauvre oiseau…il est blessé ! »
L'oiseau
avait une flèche plantée dans l'aile. Le jeune homme, qui avait bon
coeur, se pencha sur lui et retira doucement la flèche. L'oiseau,
libéré, s'envola et disparut dans le ciel.
Le
jeune homme rentra chez lui. Il était pauvre et sa vie n'était pas
facile. Personne ne venait jamais le voir, aussi ce soir là, quand la
nuit tombée, on frappa à sa porte, il se demanda qui pouvait bien lui
rendre visite à une heure si tardive. Quelle ne fut pas sa surprise de
découvrir sur le seuil une belle jeune fille!
--« Bonsoir Monsieur, je me suis égarée dans la neige, il fait froid puis-je vous demander l'hospitalité ? »
--« Je vous l’accorde bien volontiers, venez vite vous réchauffer. »
Elle resta le lendemain, et encore le jour suivant. Le jeune homme
s'éprit de cette jolie jeune fille douce et gentille, et lui demanda si
elle acceptait de l'épouser. Ils se marièrent et vécurent heureux,
malgré leur pauvreté. Les voisins apprirent l'heureuse nouvelle, et se
réjouirent de leur bonheur.
Cependant,
l'hiver était long et rude, et bientôt l'argent et la nourriture
vinrent à manquer; ils vivaient plus pauvrement que jamais. Un jour, la
jeune femme décida de tisser une étoffe, et son mari lui installa un
métier à tisser dans une petite pièce au fond de la maison. Avant de se
mettre à l'ouvrage, la jeune femme dit à son mari :
--« Quoiqu'il arrive et sous aucun prétexte tu ne dois entrer dans cette pièce »
Le jeune homme promit. La jeune femme s'enferma et commença à tisser.
Un jour entier s'écoula, puis un deuxième, et la jeune épouse
travaillait sans relâche. Enfin, le soir du troisième jour elle sortit
de la chambre, fatiguée et amaigrie, et présenta à son mari une étoffe
superbe, si rare et si précieuse qu'il la vendit pour une forte somme
d'argent. Grâce à cet argent, la vie fut plus facile pendant quelques
temps; mais l'hiver n'en finissait pas et argent et nourriture vinrent
à manquer une nouvelle fois. La jeune femme décida alors de tisser une
nouvelle étoffe, et recommanda de nouveau à son mari :
--« Quoiqu'il arrive tu ne dois pas rentrer dans la pièce où je travaille.
--« Je te promets, j’attendrai.»
Enfin,
après quatre jours, sa femme un peu plus pâle et amaigrie, apporta une
nouvelle étoffe, encore plus magnifique que la précédente. Le jeune
homme partit à la ville, et revint avec une somme d'argent plus
importante que la première fois.
Grâce
à sa femme, le jeune homme était heureux et sa vie plus douce qu'avant,
mais il en vint à désirer encore plus d'argent. De plus, les voisins le
pressaient de questions, lui demandant comment sa femme pouvait tisser
des étoffes d'une telle splendeur sans même acheter un seul fil.
Tous
trouvaient cela bien étrange. Le jeune homme, désirant avoir plus
d'argent et brûlant du désir de découvrir le secret de sa femme.
--« Je désire que tu tisses encore une nouvelle étoffe. »
--« Je ne comprends pas pourquoi tu désires plus d'argent, nous avons suffisamment, et je suis fatiguée. »
Elle résista puis céda et accepta à contre cœur. Après avoir renouvelé
ses recommandations à son mari, la jeune femme se mit au travail.
Cependant,
le jeune homme était dévoré par la curiosité et voulait à tout prix
savoir comment sa femme faisait pour tisser de si belles étoffes.
Oubliant sa promesse, il alla sans bruit jusqu'à la chambre où la jeune
femme tissait sans relâche, et entrouvrit doucement la porte. Mais ce
n'était pas sa femme qui tissait, et cela le surprit tellement qu'il
laissa échapper un cri.
C'était une
grue, et le bel oiseau arrachait ses plumes une à une et s'en servait
pour tisser une somptueuse étoffe. Quand la grue s'aperçut de sa
présence, elle reprit les traits de la jeune femme. Celle-ci expliqua
alors à son mari stupéfait :
--« Comprends-tu maintenant, tu ne
devais pas savoir pourquoi je suis venue vers toi ? J’ai voulu de
remercier de m’avoir sauvée lorsque j’étais blessée. Maintenant je dois
partir, je ne dois pas rester.»
Elle
avait pris l'apparence d'une jeune femme pour lui venir en aide et elle
avait tissé ces étoffes avec les plumes arrachées à son propre corps.
Mais le jeune homme avait manqué à sa promesse et maintenant qu'il
avait découvert le secret de sa femme, ils ne pourraient plus jamais
vivre ensemble.
Il regrettait amèrement
d'avoir faillit à sa promesse par curiosité et par cupidité, mais il ne
put retenir la jeune femme. Elle reprit l'apparence du bel oiseau gris
et s'élança vers le ciel.
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La forêt des Songes – contes asiatiques