Universelles,
les sages-femmes mettent au monde chaque année des milliers d'enfants en France. Des premières consultations au suivi
de la naissance, ces professionnelles accompagnent tant physiquement que
moralement les parents au cours de cette aventure. Retour sur une pratique
en pleine évolution…
Des cours de préparation, à l'accouchement, en passant par la surveillance
pré et post natale de la maman et de son bébé, les sages-femmes restent des
actrices à part entière de la grossesse. Si leur effectif a augmenté ces
vingt dernières années, la pénurie de ces praticiennes associée à une crise
des vocations subsiste.
Une sélection draconienne
On
compte actuellement 16 134 sages-femmes dont 156 hommes en activité sur
l'hexagone. "Cela reste encore insuffisant en comparaison de certains
pays européens tels que la Grande-Bretagne, qui en compte 34 000, avec
des résultats en terme de périnatalité qui s'en trouvent de ce fait
inévitablement
meilleurs", explique Françoise Bicheron, présidente de l'Ordre
des Sages-Femmes. Pour parvenir à la formation, les candidates doivent faire
preuve de ténacité puisqu'il est indispensable depuis la rentrée
2002-2003, d'avoir validé l'examen de première année de médecine
pour se présenter au
concours ultra sélectif (seulement 20 % d'admis) des 33 écoles
de sages femmes agréées. S'ensuivent alors quatre années d'études,
où se
jalonnent enseignements théoriques, pratiques et stages. La durée de cette
formation devrait même être
raccourcie de 1 an avec une étendue des compétences en évolution. "Une
façon pour les pouvoirs publics de mettre plus rapidement des professionnels
sur le marché du travail et parallèlement de justifier l'insuffisance
des salaires" ajoute Françoise Bicheron.
Un savoir-faire indispensable
Les modes
d'exercice des sages-femmes sont très variés. Elles peuvent exercer
dans établissement public ou privé (80 % d'entre elles), en libéral
(en cabinet individuel ou de groupe), comme salariée de la fonction publique
territoriale (service de Protection Maternelle et Infantile) ou encore dans
une fonction
d'encadrement et de formation. Mais dans tous les cas, les sages-femmes
exercent une profession médicale, encadrée par la loi et un ensemble de dispositions
réglementaires bien définies. En plus du soutien psychologique et de leur
rôle essentiel dans l'apprentissage de la relation mère enfant, elles
assurent intégralement et de manière autonome le suivi médical de la grossesse
normale (échographie, dépistage des facteurs de risque ou de pathologies…),
le bon déroulement de l'accouchement et les premiers soins (premiers
gestes de réanimation,
prescription d'examens et de thérapeutiques). Elles veillent à la bonne
santé de
la mère et de l'enfant, dans les premiers jours qui suivent la naissance.
Elles sont également habilitées à prescrire et à suivre les différents modes
de contraception dans les suites de couches, pratiquent la rééducation uro-gynécologique,
conseillent les parents sur l'hygiène et l'alimentation de bébé et
enfin assurent la surveillance à domicile des femmes et des nouveau-nés en
cas de sortie précoce de la maternité.
Pour beaucoup, le métier de sage-femme relève d'une véritable vocation : « certaines étudiantes
très bien classées au premier examen de médecine, choisissent d'elle-même
de s'orienter vers une école de sages-femmes. Plus qu'une profession, c'est
presque un état d'esprit. En plus du sens de la responsabilité et de l'initiative,
les candidates doivent aussi disposer d'une santé de fer et de nerfs solides
pour faire face à des situations parfois stressantes», commente Françoise
Bicheron.
Vers
plus de reconnaissance… ?
Aujourd'hui,
la technique et le savoir-faire demandés par la profession
semblent encore trop souvent ignorés par les pouvoirs publics, avec notamment
une rétribution au niveau national qui reste insuffisante par rapport aux
responsabilités et au temps de travail exigé.
"Les
sages-femmes sont encore considérées comme des auxiliaires de médecin et
non comme des professionnelles à part entière. Nous avons suivi 5 ans
d'études après le bac et nous ne sommes pourtant reconnues que comme un
bac+2", confie Catherine Henry, sage femme cadre supérieur de l'hôpital
Pitié-Salpêtrière. Depuis le 9 août 2004, le code de la santé publique
a étendu le rôle des sages femmes. Dorénavant, elles peuvent délivrer un
certificat de grossesse, effectuer la toute première consultation prénatale
mais aussi postnatale (6 à 8 semaines après la naissance). De plus,
elles peuvent dorénavant établir des prescriptions médicamenteuses ainsi
que des prescriptions de type biologique concernant le suivi de grossesse
(recherche d'hépatite C par exemple), en plus des tests VIH et d'hépatite B
déjà effectués auparavant.